La Slow Galerie présente l’exposition « Minigolf » de Groduk & Boucar pour le Graphic Design Festival. À cette occasion nous avons rencontré Lamia, la fondatrice du lieu, véritable passionnée dont la bonne humeur est contagieuse. Lamia nous raconte les débuts du lieu, elle nous parle des artistes qu’elle admire et de l’exposition présentée pour le Festival. C’est une évidence, cet endroit qui invite à prendre son temps est un antidote au spleen hivernal. Courez-y !

GRAPHIC DESIGN FESTIVAL PARIS

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Comment avez-vous lancé la galerie ?

LAMIA

J'ai un parcours en mosaïque car je viens du milieu scientifique. J'ai été ingénieure en radiocommunication pendant 12 ans dans des entreprises en France et à l'étranger. Je me suis reconvertie dans les métiers de l’art et de la culture il y a un peu plus de dix ans. J'aimais mon travail, surtout quand il me faisait voyager et j'adore ça, mais j'avais envie de développer d’autres projets. J'ai monté un premier projet : un café culturel, le Djam, avec une exposition par mois, des concerts, des spectacles de danse et des projections de films, à Paris 10e, rue Beaurepaire. C'était une aventure très prenante car quand on gère un café les horaires sont toujours imprévisibles. Ça a duré 4 ans. Puis j'ai créé la SLOW Galerie en 2014, une galerie dédiée à l'illustration. J'aime particulièrement cette discipline car elle est vivante et ancrée dans la réalité. Elle évolue sans cesse et concerne tout le monde : chaque pays a ses codes, l'illustration polonaise a sa signature, il y a un style allemand, anglais, cubain, colombien... c'est passionnant. 

Qui n'aime pas l'art ? L'art rend heureux,
c'est ce qui nous élève.
GDFP

D'où vous est venu ce goût pour l'art ?

LAMIA

Qui n'aime pas l'art ? L'art rend heureux, c'est ce qui nous élève. La musique, la littérature, la poésie, la peinture, la danse... Mais pourquoi plus particulièrement les arts graphiques et les illustrations ? Déjà parce que je les collectionne. Je n'ai pas les moyens de m'acheter d’œuvres uniques, j'en ai peu chez moi, par contre j'ai beaucoup de gravures. Dès le départ, j’ai voulu laisser la part belle à la gravure au sein de la galerie. C’est une discipline très ancienne qui requiert un savoir-faire virtuose et qui est en plein renouveau grâce à une nouvelle génération d'artistes graveurs qui réalisent des créations pleines de poésie et de fantaisie. A la galerie, il y a Cécile Basecq, Junfeng Deng, Jeanne Picq, Caroline Bouyer, Barbara Martinez pour la taille douce, Evelyne Mary en linogravure, Hélène Glowinski, Raphaële Enjary et Olivier Philipponneau pour la gravure sur bois. Ce sont de jeunes artistes graveurs exceptionnels qui assurent la relève et le renouveau de la gravure.

D'une manière générale on essaie de sélectionner essentiellement des œuvres qui sont faites à la main, et la sérigraphie en fait aussi partie. Nous avons quelques estampes numériques mais la grande majorité des œuvres exposées sont des tirages manuels. Ce sont des œuvres originales, numérotées en petite série. Il y a une préciosité liée au peu d'exemplaires qui existent et en même temps ces œuvres sont accessibles à tout le monde. Cela permet de s'offrir de l'art sans élitisme et ça me plaît beaucoup.

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La SLOW Galerie est installée dans une ancienne pharmacie, quelles sont les spécificités du lieu ?

LAMIA

L’immeuble date de 1830. C’est un lieu assez original avec 3 espaces qui s’emboîtent et 2 entrées indépendantes, on y déambule comme dans une maison, on entre d’un côté, on sort de l’autre. Le premier espace qui fait l’angle était l’ancienne pharmacie, le signe du caducée est encore gravé sur la porte. L’ensemble des artistes est présenté dans cette pièce un peu comme une collection permanente, avec des grands formats, de grandes affiches parce que les murs sont hauts.

On arrive ensuite dans une petite pièce bleue où sont exposées des sujets plus intimistes, plus poétiques, des dessins, des gravures. Enfin on arrive dans la pièce du fond avec une grande verrière, c’est là qu’on organise chaque mois l’exposition d’un des artistes de la galerie, il y a aussi un petit renfoncement avec un coin où se regroupent les œuvres plutôt destinées aux enfants.

C’est Agnès Terrillon, la précédente locataire des lieux, qui a réalisé tous les travaux et transformé ces volumes en galerie, avec la Galerie Voskel, dédiée au Street Art et à l’art contemporain. C’est à Agnès que l’on doit ce bel écrin qui nous accueille maintenant. On a ouvert la SLOW Galerie en février 2014 avec une direction très différente, orientée vers les arts graphiques et l'illustration. C'est un lieu ancien qui a vécu déjà plusieurs vies et qui a une âme, j'ai l'impression que ça se sent.

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Le nom de la galerie a t’il été choisi pour inviter à prendre son temps ?

LAMIA

En fait, je trouve le mot « slow » joli. C’est doux à entendre et il évoque le calme par opposition à l'agitation dans laquelle on vit. En fait le mot « slow » représente un fantasme pour moi parce que je suis exactement l'inverse ! Je pense que c’est de l'autosuggestion : ça m’apaise de voir des gens calmes.

GDFP

C'est vrai que l'endroit s'y prête bien, on a envie d'y flâner...

LAMIA

Oui, c'est ça. L'idée était de donner envie de ralentir son pas, de prendre son temps et de revenir. Pour moi, l'idéal est de voir les gens rester un moment, déambuler et feuilleter les cadres tranquillement comme chez un disquaire, à la recherche de l’œuvre qui va leur taper dans l’œil.

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Est-ce que vous avez une ligne éditoriale ?

LAMIA

Dans les choix qu'on fait, il y a très souvent quelque chose d’ancré dans la réalité. Souvent, des messages sont sous-tendus derrière les images. Je pense que le fait que les artistes aient des choses à dire et qu'ils les expriment peut-être un critère. On a besoin de leurs voix. Je constate qu’à la galerie 75% des artistes sont des femmes.

Il y a des créations sur le féminisme, sur le vivre ensemble et sur le droit des femmes, traitées de façon très humoristique, voire parfois même un peu trash. Et apparemment ce sont plutôt les femmes qui s'emparent de ces sujets-là, peut-être parce qu’à avoir été obligées de se taire pendant si longtemps, les femmes ont plus de choses à dire… Par exemple Vanessa Verillon est une affichiste qui travaille beaucoup pour le droit des femmes.

Maïc Batmane, Ingrid Mourreau-Kelleman, Flore Kunst, sont aussi très inspirées par les inégalités homme-femme, et elles l'expriment avec beaucoup d'humour et de sensibilité. C'est important car rien n'est jamais acquis. Il y a aussi les œuvres des Cachete Jack qui abordent des sujets sociétaux comme l'addiction aux réseaux sociaux. Mais les hommes expriment leurs idées aussi, Dugudus est un artiste, affichiste politique, très engagé sur les droits sociaux, Various&Gould, collectif berlinois, nous interpelle dans leurs sérigraphies sur les injustices, les inégalités, l'exploitation de l'homme par l'homme...

« On pourrait dire que le fil rouge qui nous guide dans les choix des artistes est leur fantaisie, l'excellence dans l'exécution, une certaine maturité dans l'inspiration et une grande sincérité »
GDFP

S’agit-il d’une spécificité de votre galerie ?

LAMIA

J’aime choisir des artistes qui expriment un message fort, mais pas seulement, en général on pourrait dire que le fil rouge qui nous guide dans les choix des artistes est leur fantaisie, l'excellence dans l'exécution, une certaine maturité dans l'inspiration et une grande sincérité. Ce que j'admire chez les artistes, c’est qu'ils s'expriment avec leurs tripes, sans calcul et parce que ça leur est vital de le faire.

GDFP

Comment repérez-vous et sélectionnez-vous les artistes ?

LAMIA

Quand j'ai ouvert la galerie, à part Isabelle-Ossanna Manoukian que j'avais déjà eu la chance d'exposer au Djam, mon premier lieu, je ne connaissais aucun artiste personnellement. J'avais des œuvres à la maison d'artistes que j'avais pu voir à Berlin ou à Londres. J'ai commencé par les contacter en leur disant que j'aimais beaucoup ce qu’ils faisaient et que j’ouvrais une galerie... C'est difficile au départ quand vous n'avez jamais fait ça. Mais j'ai pu rencontrer dans un premier temps 4 ou 5 artistes. Ensuite, je suis allée aux Puces de l'Illustration qui se tiennent chaque année à Bagnolet : c'est un vivier de jeunes talents. J'ai distribué des cartes de visite à tous ceux dont le travail me plaisait. Quand le lieu de la galerie a été trouvé, je donnais rendez-vous directement sur place. Je pense que l’espace a rassuré les artistes. C’est une jolie galerie, ça leur a donné confiance et nous avons pu nouer des liens avec une dizaine d'artistes, au début, et puis, de fil en aiguille, on arrive aujourd’hui à une centaine. 

GDFP

Vous êtes sur le parcours des programmes associés du Graphic Design Festival du 24 janvier au 5 février 2017, quelle exposition est présentée ?

LAMIA

Il s'agit du duo Groduk & Boucar qui présente "Minigolf", une série autour des mini-golfs comme le nom l’indique. Ces deux artistes sont des ovnis : elles sont très jeunes, à peine sorties d'Estienne il y a deux ans, mais avec une maturité dans l'inspiration et dans la technique époustouflante. Leurs sujets sont toujours à la frontière de l'étrange et elles les abordent d'une façon totalement décalée. Je les aime beaucoup !

L'une des premières séries qu'on a eues de Groduk & Boucar est un triptyque avec des gros plans de voiture dans les dédales de paysages typiquement californiens : c'est un univers solitaire, très cinématographique. Elles sont très inspirées par la côte ouest des Etats-Unis et par les ambiances des films de David Lynch. Elles travaillent chacune de leurs sérigraphies en expérimentant les techniques, choisissant avec soin les papiers et les encres. Par exemple sur Blue Rocket, certains détails sont à l'encre phosphorescente et les faisceaux lumineux des phares s'éclairent la nuit.

On ressent la jubilation qu'elles ont dans la réalisation de leur travail. C'est peut-être là finalement le dénominateur commun des artistes qui sont à la galerie : on ressent le plaisir qu'ils ont à réaliser leurs créations.

GDFP

Comme vous !

LAMIA

Oui ! Franchement, il faut faire les choses avec plaisir, il faut profiter, être content de ce qu’on fait. On a la chance de vivre en France, c'est un pays plein de possibilités : en tant que créateur d'entreprise, des outils sont mis à notre disposition, même s’il n’y en a pas énormément, il faut en profiter. Il faut vivre pleinement ses rêves parce que je pense qu'il y a vraiment moyen de les réaliser. La vie est courte, il ne faut pas avoir de regret.

GDFP

Pouvez-vous nous présenter quelques artistes de la Galerie ?

LAMIA

Il faudrait pouvoir vous parler de tous, mais en regardant les murs, je peux commencer par Palefroi qui est présent depuis les débuts de la galerie. C'est un collectif de sérigraphes français qui vivent à Berlin : Marion Jdanoff et Damien Tran, chacun travaille aussi séparément avec une reconnaissance personnelle ce qui est assez rare dans les collectifs. Palefroi expose en juin à la SLOW Galerie, j’en suis tellement contente ! Ils ont une liberté totale avec des sujets d'inspiration très personnels parfois insolites comme les batailles perdues par les Français contre les Anglais pendant la Guerre de 100 ans. Ils sont épatants, ils produisent sans cesse. Souvent, les gens qui travaillent en couple, en binôme, s'émulent, ils sont en ébullition permanente. C'est d'ailleurs le cas, aussi, des Groduk & Boucar.

Ensuite, Gwladys Morey, qui exposera en février. Elle a passé 15 ans à Cuba. Elle en a retiré une inspiration nourrie de musique et de cette ambiance surannée de La Havane. Elle fusionne et imbrique les formes, c’est sa signature. La lecture de ses œuvres se fait en plusieurs temps, d'abord les couleurs, les formes ensuite.

Il y a Edith Carron qui travaille beaucoup pour la presse notamment le prestigieux New Yorker. Sa vitalité est à l'image de ses dessins. Elle dessine au pastel gras qu'elle utilise avec beaucoup d'énergie : son trait déborde des cadres, il y a souvent des traces d'éclats de pastels sur ses dessins parce qu'elle y met toute son énergie. Elle a un magnifique sens de la couleur. C'est pourtant difficile, certains artistes hésitent à aller vers la couleur. Les essais couleurs peuvent durer des jours, il ne faut pas se tromper. Chez Edith Carron, c'est inné. 

J'aime beaucoup Jeanne Picq pour la folie douce de ses gravures, ce sont des eaux-fortes ou des linogravures, mais chacune de ses pièces est minutieusement retravaillée à la main, avec des collages, du gaufrage ou de la broderie. En gravure, il y a aussi Caroline Bouyer et ses immenses gravures charbonneuses au carborandum, ce sont des scènes de chantier, des vues de bâtiment de Paris, les Magasins Généraux, les Frigos… elle donne à ces paysages industriels beaucoup de poésie et de mélancolie. Elle est professeure à Estienne et va bientôt entrer dans la Collection permanente du Musée Carnavalet en reconnaissance justement de son merveilleux travail sur Paris.

Il y a aussi les magnifiques sérigraphies végétales de Lucille Clerc qui a exposé ici en septembre dernier. Pendant son expo Lucille a transformé la pièce d’exposition, celle du fond, en serre avec plus de soixante-dix dessins sur la Nature et le rapport de l’Homme à la Nature, l’urgence d’en prendre soin. C’est une inspiration qui vient de loin chez Lucille, elle connait la Botanique par cœur, et se nourrit de littérature et de poésie. On trouve souvent des citations en bas de ses œuvres, de Keats, Saint Exupéry, Matisse… Lucille est une eau-vive, elle dessine comme elle respire, et techniquement c’est une virtuose, son travail en sérigraphie est remarquable, ça nécessite un calage tellement précis pour obtenir cet incroyable résultat impressionniste.

Et Isabelle-Ossana Manoukian qui est une artiste polymorphe, elle n’a aucune limite ni dans son inspiration ni dans ses moyens d’expression, elle surprend toujours, elle est absolument imprévisible et hors-norme. Elle expose ici une série de 4 planches dessinée avec la technique de la miniature persane, les couleurs sont resplendissantes, on rêve en les regardant, on plonge dans l’univers des Mille et Une nuits.

Il y a aussi Marie Doazan et sa passion pour les chaises, Laurent Duvoux et ses dessins en noir et blanc très graphiques, Marie Guillard qui vient tout juste d'arriver à galerie avec ses femmes aux formes généreuses à la Botero, Léa Chassagne et ses collages numériques complètement surréalistes où s’accumule une infinité de détails dans des structures parfaitement équilibrées, comme dans Origine qui fait référence au tableau de Courbet et qui est un superbe hommage à la femme, Il Pistrice et ses mystérieuses égéries féminines aux aplats de couleurs vives, Sissi Briche et ses scènes de vie entre trash et poésie, enfin il faudrait des jours entiers pour vous parler de tous..

SLOW GALERIE
5 rue Jean-Pierre Timbaud – 75011 Paris

Du 25 janvier au 4 février 2017
Du mardi au samedi : 11h – 19h

grodukboucar

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