Detanico & Lain

Le délire sémiologique

 

Tous deux originaires du Brésil et installés à Paris depuis 2002, Angela Detanico et Rafael Lain travaillent entre l’art, la poésie et le graphisme. Ils s’inspirent des éléments de la nature et de ses richesses pour jouer avec les mots et créer de nouveau système d’écriture. Le duo vient tout juste de partir pour le Japon où ils mèneront une résidence à la Villa Kujoyama. Lors du Graphic Design Festival, ils présenteront Pilha, Vague ainsi que Alzirr, Menkalinan et Furud au Musée des Arts décoratifs du 24 janvier au 5 février.

GRAPHIC DESIGN FESTIVAL PARIS

Vous travaillez ensemble depuis une dizaine d’années, comment vous êtes-vous rencontrés ? Quels sont vos parcours respectifs ?

Rafael Lain

Angela et moi nous nous connaissons depuis longtemps. Notre rencontre s’est faite au lycée. Dès le départ on a eu envie de travailler ensemble. À l'époque on s'intéressait déjà à l’art, au graphisme, à la littérature. On a chacun pris un chemin différent : de mon côté, je travaillais à Sao Paulo sur des projets de graphisme et de typographie et Angela a fait des études en sémiologie artistique et linguistique. Nous avons toujours eu ce rapport aux signes, aux textes en tant qu’images et à la typographie. La construction du sens entre le texte et l'image était au centre de notre recherche. La première fois qu'on a travaillé ensemble c'était pour Videobrasil, un festival à Sao Paulo. Nous étions en charge de l'identité visuelle du Festival et nous avons présenté une performance sonore et visuelle. C’est à partir de ce projet que nous avons commencé à changer notre axe de travail. Cette expérience nous a donné envie de venir en Europe pour développer cette recherche artistique. 

GDFP

Quel est le thème de l’exposition que vous allez présenter au Graphic Design Festival ?

GDFP

Il s’agit de trois pièces : Pilha, Vague ainsi que Alzirr, Menkalinan et Furud. Une série d’affiches qui constituent une sorte de rétrospective du système d'encodage que nous avons créé depuis notre arrivée en France en 2002. Dans le cadre de ces projets, nous utilisons des systèmes d'écriture pour créer des sculptures, des œuvres. Pilha, notre pièce la plus ancienne, est un système très simple. Le but étant d’attribuer une valeur à des objets empilables, comme des boites de chaussures, ou des livres ou même des cubes de sucre. Un objet est égal à une lettre. La lettre A équivaut à un objet, la lettre B à deux objets et ainsi de suite… Pour le Graphic Design Festival, nous allons empiler des ramettes de papiers pour écrire "Ce qui compte". Dans ce système on s’efforce de chercher une phrase en rapport avec l'objet.

 « Notre travail vient de cette rencontre entre la typographie, la création d’un système d'écriture et la recherche sémiologique d'Angela. Il y a cette idée de trouver comment les objets et les textes peuvent être en interaction et créer du sens ensemble. Je dirai que c’est un délire sémiologique. »
GDFP

Comment décririez-vous l’univers de Detanico & Lain ?

RL

Notre travail vient de cette rencontre entre la typographie, la création d’un système d'écriture et la recherche sémiologique d'Angela. Il y a cette idée de trouver comment les objets et les textes peuvent être en interaction et créer du sens ensemble. Je dirai que c’est un délire sémiologique. Pilha est né lorsqu’un jour nous nous sommes mis à chercher quelles équivalences il pouvait y avoir entre les chiffres et les codes alphabétiques.
Notre défi est de revisiter le système d’écriture actuel. Tout est prétexte à faire sens : des éléments de la nature peuvent évoquer un mot, nous cherchons dans la ville ce qui peut cacher une phrase…

Par exemple, Helvetica Concentrated est un système d'écriture que l’on a construit en partant d’Helvetica, la police de caractère la plus neutre et la plus invisible selon nous. Notre intention a été de soustraire la forme en ne gardant que la surface de chaque lettre. Ainsi le système devient visible mais illisible.

GDFP

Vous vous intéressez principalement à la typographie, au langage et aux signes, y a-t-il d’autres sujets récurrents dans votre travail ? 

RL

Ces éléments constituent la vraie base de notre travail. Mais nos thématiques et sujets de prédilection sont la nature : les étoiles, les vagues, les ondes, le vent, les nuages. On s’intéresse à des choses simples du quotidien et on les utilise ensuite pour créer des objets.

GDFP 

Une autre exposition – AZAD Collaborative Design Project – porte aussi une attention particulière aux liens entre image et signe dans l’écriture au travers de l’exploration moderne de la calligraphie persane. Ce lien entre image et signe, peu visible en Occident, est tout à fait marqué dans la tradition orientale, que ça soit en chinois, en japonais ou en persan. Vous êtes-vous inspirés de ces traditions ?

RL

De manière générale, on s’intéresse beaucoup à l'origine de l'écriture. A chaque fois que l’on est invité à travailler dans un contexte nouveau ou dans un pays étranger, on s’efforce de traduire les sujets, soit dans la langue du pays, soit dans un système d'écriture. En 2007, nous avons été invités au Japon pour montrer Pilha dans le cadre d'une exposition internationale. À la base nous devions le présenter en anglais, ce qui ne nous intéressait pas du tout. Nous nous sommes donc lancé le défi de traduire le système d'empilement d'objets en écriture japonaise, ce n’était pas un exercice facile mais nous avons finalement trouvé un système d'équivalence.

GDFP

Nés au Brésil, vous êtes aujourd’hui installés à Paris. Qu’est ce qui vous plaît / déplait dans cette ville ? Pourquoi avoir émigré ?

RL

Nous habitons en France depuis 2002. Nous sommes venus ici dans le cadre d’une résidence au Palais de Tokyo. L’idée était de faire un projet interdisciplinaire. Nous avons postulé en tant que graphistes dans le but de développer un projet typographique. Une fois notre candidature acceptée, nous avons mené la résidence pendant 8 mois, nous avons ensuite commencé à travailler avec la Galerie Martine Aboucaya qui nous représente aujourd’hui. Petit à petit, nous nous sommes installés. Nous avons même fait des enfants ici.

Ce qui nous plaît avant tout à Paris, c’est évidemment l’histoire et les musées. Mais aussi la superposition entre l’histoire et le contemporain. L’année de notre arrivée, nous allions au moins une fois par semaine au Louvre notamment dans la salle consacrée au début de l'écriture. Ça nous passionnait. C’est un privilège de vivre entre deux mondes totalement différents.

GDFP

Enfin, vous êtes sur le point d’entrer en résidence à la Villa Kujoyama au Japon – bravo – Quelle recherche allez-vous y mener ?

RL

Nous allons étudier les œuvres de Kitasono Katué et Seiichi Niikuni, des poètes japonais des années 1950 – 1960, qui étaient en contacts réguliers avec certains poètes concrets brésiliens, dont Haroldo de Campos. La poésie concrète, qui est une poésie visuelle, nous inspire. Il existe peu de documents sur ces échanges entre ces artistes qui vivaient aux antipodes. Nous souhaitons faire des recherches pour ensuite monter une exposition ou publier un livre sur ces dialogues.

GDFP

Où peut-on voir vos créations en dehors du Festival ? 

RL

La Galerie Martine Aboucaya a accueilli une exposition du 5 novembre au 14 janvier. Nous sommes aussi à Bruxelles et à Mexico. Pour notre retour en 2017, nous allons faire deux expositions aux Sables d'Olonne et dans l'espace de l’Art Concret à Mouans-Sartoux.

MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS
107 rue de Rivoli – 75001 Paris  Métro Palais Royal

VERNISSAGE PUBLIC
Lundi 23 janvier : 19h30 – 21h

EXPOSITIONS
Du 24 janvier au 5 février : 11h – 18h
Fermé le lundi 30 janvier

NOCTURNES
Les jeudis 26 janvier et 2 février : 11h – 21h

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